Les fondamentaux d’un récit

INTRODUCTION

Une histoire, c’est comme une recette de cuisine. Il y a des ingrédients nécessaires à mettre pour qu’elle soit réussie. Vous pouvez ensuite varier les doses ou enlever quelques ingrédients superflus, mais vous ne pourrez jamais enlever les ingrédients primaires.

Lorsque vous racontez une histoire, vous devez aussi respecter une certaine recette, et mettre les ingrédients de base. Sans ces ingrédients de base, votre histoire n’en est pas une. Elle ne fonctionne pas. Ici, nous allons voir quels sont ces éléments qui font partie d’une histoire, ces éléments sans lesquels vous n’avez pas d’histoire.

UNE ARÈNE

L’arène, c’est en d’autres mots le décor principal de l’histoire. Où se situe l’action ? Dans un lycée, dans la rue, à Paris, dans une banlieue etc… Sans arène, pas d’histoire. Il faut que votre histoire se passe quelque part. Même un environnement blanc ou noir c’est une arène. Il ne peut pas rien y avoir.

Si au contraire, votre film est un road movie, vous pourrez dire “sur la route de (l’objectif de votre personnage)” ou alors choisir le décor où se trouve le personnage lorsque survient l’élément déclencheur.

UN PERSONNAGE

C’est l’histoire de …

Toutes les histoires racontent les aventures d’un personnage. Donc là encore, pas d’histoire sans au moins un personnage. 

 

Toutes les histoires mettent en scène un protagoniste et/ou un personnage principal. Le protagoniste c’est le personnage qui vit le plus de conflit dynamique sur l’ensemble du récit, et le personnage principal c’est le personnage qui correspond au sujet et/ou au titre de l’oeuvre. La plupart du temps, le protagoniste et le personnage principal sont un seul et même personnage mais en de rares cas, ils ne sont pas les mêmes. C’est pour celà que l’on trouve aujourd’hui beaucoup de confusion entre les deux termes. (cf: la dramaturgie de Yves Lavandier)

 

Exemple : Dans le film Alien de Ridley Scott, on peut dire que l’Alien est le personnage principal du film (car il représente le thème, le titre du film) mais que le protagoniste c’est Ellen Ripley car c’est elle qui vit le plus de conflits. 

UN OBJECTIF
Un personnage seul dans une arène n’est pas non plus suffisant pour qu’une histoire se forme. Si vous racontez uniquement l’histoire d’un homme allongé sur son lit, il n’y a pas de récit.   Et oui, à votre protagoniste, il faut un objectif ! C’est-à-dire un but à atteindre. C’est pourquoi il faut que votre personnage ait envie de l’atteindre, car sinon, il ne bougera pas et il n’y aura pas de récit. Et pour être certain que votre personnage se bougera pour atteindre son objectif, on lui trouvera aussi un enjeu (voir plus bas).   Lorsque l’on créé un objectif, on créé aussi automatiquement un élément déclencheur. C’est-à-dire le moment où votre personnage découvre son objectif. Avant ce point, le protagoniste vivait sa vie comme d’habitude. Il n’avait pas d’objectif.  

Attention ! Un élément déclencheur est un point de non-retour pour le protagoniste. Il ne peut pas décider de faire demi-tour après qu’il ait eu lieu ! (en grosse partie à cause de l’enjeu qu’on verra plus bas)

Petit conseil : vous pouvez créer facilement un coup de théâtre (ou retournement de situation) en faisant croire au spectateur que votre protagoniste poursuit un objectif (et lui-même pense que c’est la bonne voie à suivre) mais qui n’est en réalité pas la bonne solution. Car en réalité, l’objectif est plus grand encore. Et ce coup de théâtre pourra survenir lorsque votre personnage se rendra compte que son objectif est plus grand encore, et qu’il parviendra à le résoudre. On pourrait rentrer dans de la psychanalyse poussée mais tout simplement, dîtes-vous que l’homme est fait pour se mentir à lui-même en permanence. Lorsque votre personnage se voile la face, il ne voit pas l’objectif principal de sa quête, et pense en toute honnêteté qu’il poursuit le bon objectif. Autre moment fort, c’est quand un personnage parvient à atteindre son objectif mais pas de la manière attendue. Exemple simple :  

Un homme est au lit, il n’arrive pas à dormir. Il tente par tous les moyens de dormir, mais il atteint un niveau d’agacement tel qu’il se lève brusquement de son lit pour sortir prendre l’air. Mais en se relevant, il se cogne contre une étagère, et retombe assommé sur son lit. 

Attention en revanche de ne pas placer la barre trop haute. Si l’objectif semble inateignable, vous obtiendrez l’effet inverse car votre spectateur sentira que l’objectif est perdu d’avance. Il lâchera donc l’histoire en cours de route.

DES OBSTACLES

Si votre personnage parvient à atteindre son objectif sans difficultés, votre récit risque de ne pas être très intéressant. C’est pourquoi on ajoute toujours des obstacles sur la route du protagoniste !

 

Un obstacle c’est donc quelque chose qui se dresse sur le chemin de votre ou de vos personnages, le plus souvent à cause du ou des antagonistes, les personnages qui s’opposent à la réussite du protagoniste. Ici encore, si le personnage refuse de franchir un obstacle, le récit n’a plus lieu d’être. Il revient à son point de départ.

Lorsque votre protagoniste fait face à un obstacle, un nouvel objectif (mineur) se met en place pour franchir cet obstacle. Dans une petite partie des cas, votre protagoniste parvient à franchir cet obstacle mais dans 99% des cas, le personnage échoue et trouve un nouveau moyen de franchir l’obstacle ou de le contourner sans se détourner de son objectif principal.

 

 

Le plus important pour vous scénariste, c’est que plus les obstacles sont difficiles à franchir, plus le spectateur sera tenu en haleine et ne voudra plus lâcher votre histoire !

 

 

Vôtre rôle de scénariste maintenant, ce sera de toujours mettre des obstacles sur la route de votre ou de vos personnages. Être sadique avec eux, vouloir leur échec en permanence tout en gardant en tête leur point de chute, la fin du film. Parfois même, vous pourrez créer plusieurs obstacles à la fois ! Parfois des obstacles qui rentrent en conflit, c’est-à-dire que la résolution d’un obstacle, empêche la résolution d’un autre, le tout avec le risque que votre protagoniste perde le ou les enjeux qui le tenaient !

Enfin, vous devrez faire en sorte que les conflits soient de plus en plus forts, montent crescendo jusqu’au Climax, c’est-à-dire le point où votre protagoniste vit le plus de conflit. Dans la plupart des cas, ce Climax se situe juste avant que tout le récit ne soit résolu, que le protagoniste atteingne ou non son objectif.

UN ENJEU

Enfin, vient le temps de l’enjeu !

Comme on l’a expliqué plus haut, votre personnage ne peut pas refuser d’atteindre son objectif, sinon pas de récit ! Alors pour que le spectateur l’ait bien assimilé, on a un outil simple : l’enjeu.

 

L’enjeu, c’est l’élément que le protagoniste risque de perdre s’il n’atteint pas son objectif, ou tout du moins l’élément qu’il risque de perdre en tentant d’atteindre son objectif.

 

En d’autres termes, en bon scénariste, vous devrez être le plus sadique possible. Et par “sadique” j’entends “le plus créatif possible” pour imaginer l’enjeu le plus fort possible pour votre personnage. Ici encore, si l’enjeu est suffisamment puissant, votre spectateur ne pourra pas lâcher votre film en cours de route, et ça c’est bien l’objectif de tout bon scénariste qui se respecte !

CONCLUSION

 

Vous pouvez faire des films mais sans ces éléments, vos films ne raconteront pas d’histoire. Si vous voulez tout comprendre en une vidéo, je vous conseille cette vidéo de Guillaume Desjardins de la chaîne Youtube RVB qui en plus de tout expliquer, vous construit en direct un récit avec ces éléments.

 

 

En tant que scénaristes et donc créateurs de récits, vous devrez sans cesse chercher à créer du dynamisme narratif :

 

Dynamisme narratif   clareté de l’objectif  x  désir d’atteindre l’objectif   difficulté à atteindre l’objectif   enjeux 

 

 

Attention : ces éléments fondamentaux ne sont là que pour vous permettre de créer une histoire. On peut en revanche tout à fait réaliser un court-métrage sans récit.

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