INTRODUCTION

TEMPS DE LECTURE : 2h

Vous apprendrez ici à maîtriser tous les outils d’écriture qui permettent aux professionnels aujourd’hui d’écrire des histoires qui tiennent en haleine les spectateurs ! Attention, il s’agit bien d’étapes d’écriture ! Tout ce qui concerne la production comme les découpages, dépouillements ou autres ne seront pas abordés ici.

 

Un scénario est un outil de travail très complexe et rempli de détails importants. C’est pourquoi, avant de l’écrire, il faut d’abord utiliser des outils d’aide à l’écriture qui permettent d’organiser et de structurer le récit autour d’une idée directrice. 

Toutes ces étapes sont des outils à votre service. S’ils ont été créé, c’est parce qu’on en a eu besoin, et on les utilise toujours aujourd’hui. Ils vous permettent de vous structurer, et par conséquent de vous faire gagner du temps d’écriture. Ces outils nous les classons par étape de travail car la plupart du temps, on doit valider une étape avant de passer à la suivante. En revanche, on peut toujours être amené à revenir en arrière dans les étapes lorsqu’on se rend compte d’une erreur ou d’une incohérence dans notre travail (ce qui est souvent très frustrant je vous l’accorde). Mais si toutes les étapes sont bien respectées et surtout la première, il ne devrait pas y avoir de problèmes.

Ces étapes les voici

1 - LA NOTE D'INTENTION

Cette étape n’en est pas une car la note d’intention va se compléter au fur et à mesure du processus de création. Elle peut aussi être écrite à n’importe quel moment dans toutes ces étapes mais nous vous recommandons d’en écrire une grosse partie dès le début. 

A côté de tout ça, la note d’intention est VITALE pour votre récit. C’est le résumé des intentions de narration de l’auteur. Elle répond à beaucoup de vos propres questions : 

 

  • Quelle(s) thématique(s) je veux aborder ?
  • Pourquoi j’ai envie d’écrire cette histoire ? Pour mettre en lumière une thématique trop peu visible ? Pour dénoncer ? Ou au contraire garder un regard neutre et laisser au spectateur la possibilité de se faire sa propre opinion ?
  • Quels personnages je peux mettre en scène et dans quelle situation pour aller dans le sens de ma volonté d’écriture ?
  • Où mon histoire va-t-elle aboutir ? Connaître rapidement la fin pour savoir si vos personnages atteignent leurs objectifs ou non, s’ils sont punis ou non, s’ils sont récompensés ou non. Attention car ces choix impliquent que vous ayez un point de vue sur leurs actions mais c’est le cas de la plupart des histoires rassurez-vous.

 

Par exemple, une note d’intention peut être écrite comme ceci :

 

Je souhaite parler de …. qui est une thématique peu abordée et tabou ou bien qui est une thématique qui fait débat et je souhaite y apporter mon point de vue personnel. Ou alors car c’est quelque chose que j’ai vécu personnellement, ou qu’un ami a vécu personnellement. Ou pour d’autres raisons… 

Pour cela, je souhaite mettre en scène un personnage masculin | féminin, de ….. ans qui est (description de son caractère, de ses faiblesses et de ses points forts). (C’est le moment de prouver pourquoi ce personnage est pertinent pour le développement de votre histoire).

Ce personnage pourra se lier d’amitié avec …… car ils ont tous les deux un objectif commun ou plutôt car cette association leur permet à chacun de réaliser leurs objectifs. 

Mon personnage principal devra affronter …… . Ils ont tous les deux le même objectif ou non. (développer)

Finalement, (chaque personnage) atteindra | n’atteindra pas son objectif car …

 

Une fois que cette note d’intention de narration est correctement écrite, il sera très facile pour vous de rédiger le pitch et de confirmer vos envies de narration

Elle évoluera ensuite sur une note d’intention de réalisation, qui devra expliquer très concrètement comment chaque aspect de la narration sera mis en scène. C’est donc un document très technique

Ça deviendra une succession de “Je souhaite utiliser telle technique pour insister sur tel aspect de mon intention de narration”. Par exemple :

“Je souhaite utiliser le ratio 4:3 pour enfermer mes personnages dans un cadre serré et ainsi insister sur la sensation d’enfermement qu’ils ressentent”

2 - LE PITCH DRAMATIQUE

C’est une première version de votre histoire en quelques mots seulement. Un outil formidable qui sert à structurer votre récit avant même qu’il ne soit écrit.

Sa deuxième fonction est économique. Le pitch est un outil de vente qui permet de convaincre un producteur de financer votre film. C’est donc une étape vitale à ne pas sous-estimer !

 

Attention aussi à ne pas confondre le pitch dramatique avec d’autres types de pitchs qui sont bien souvent des présentations orales de projets dans des entreprises.

 

Votre pitch doit présenter tous les aspects narratifs de votre récit sans lesquels l’histoire ne peut pas exister :

L’arène (l’endroit où se déroule l’histoire), l’incident déclencheur, le personnage principal (ou protagoniste), son objectif, son ou ses enjeux, et les obstacles contre lesquels il se bat pour atteindre son objectif. Cela donne le plus souvent :

 

« Dans telle arène, à la suite de tel incident déclencheur, tel personnage se bat contre tels obstacles pour atteindre tel objectif »

 

Ce schéma est bien sûr un exemple et peut être écrit dans l’ordre que vous jugerez le plus efficace pour convaincre le producteur.

On entend souvent dire qu’un pitch doit être limité à un certain nombre de caractères, de mots ou de phrases. Pourtant, où que vous soyez dans le monde, la taille d’un pitch sera différente. La limite la plus couramment entendue est de 25 mots

Pour nous chez Focused, peu importe la limite du moment que le pitch présente tous les aspects structurants d’un récit et qu’il donne envie de s’investir pour le projet. On préférera un pitch très concis (qui s’approche des 25 mots) pour que votre idée soit structurée, donc simple et concise

 

Voici quelques exemples :

 

L’exode

Quand un prince égyptien découvre qu’il est en réalité hébreu, il conduit son peuple hors d’Égypte et de l’esclavage.

Harry Potter

Un garçon découvre qu’il a des pouvoirs magiques et s’inscrit dans une école de magiciens.

Le Parrain

Le cadet d’une famille de mafieux se venge des hommes qui ont tiré sur son père et devient le nouveau parrain.

La Guerre des Étoiles (Star Wars Épisode 4)

Dans une galaxie lointaine, luke doit apprendre à maîtriser la force pour sauver une princesse rebelle et vaincre les forces maléfiques d’un empire galactique.

Tootsie

Un acteur qui ne trouve pas de travail se déguise en femme et décroche un rôle dans une série télé, avant de tomber amoureux de l’une des comédiennes de l’équipe.

Le silence des agneaux 

Afin d’attraper un tueur en série cruel et inventif, une stagiaire du FBI se risque à consulter un psychopathe manipulateur encore plus dangereux…

Fenêtre sur cour

Jambe cassée, un photographe en fauteuil observe son quartier par sa fenêtre, quand il soupçonne son voisin d’en face d’avoir assassiné sa femme.

Amadeus

Un musicien reconnu mais médiocre cherche à détruire le génie musical émergeant qui le fascine.

Le dîner de cons

Un éditeur cynique déniche le roi des cons pour triompher un soir entre amis, mais de l’imago à quiproquo, tel est pris qui croyait prendre.

2bis - LE PITCH TRAJECTORIEL

C’est un outil technique qui permet de faire évoluer vos personnages, puisqu’il décrit comment évoluent les personnages dans le film.

Cela donne le plus souvent :

« Tel personnage avec tel trait de caractérisation, apprend à acquérir le trait de caractérisation inverse »

 

L’important, c’est que cette évolution chez votre protagoniste est étroitement liée à l’intention de narration que le scénariste / réalisateur défend dans le propos du film.

Exemple : Pour mon prochain film, mon intention est de promouvoir l’égalité de richesse entre tous. Je vais donc mettre en scène Picsou, un riche radin. 

Le pitch trajectoriel serait : Picsou est un milliardaire radin qui apprend à ne plus l’être car il se rend compte que sa richesse peut apporter le bonheur à autrui. 

 

Un personnage a sa place dans une intrigue si il évolue au cours de l’histoire. Il peut simplement changer d’opinion ou même corriger un ou plusieurs de ses défauts. 

C’est pourquoi le pitch trajectoriel est important. Il garantit un conflit interne à votre personnage principal.

Vous l’aurez compris, le pitch trajectoriel est plutôt centré sur les conflits intérieurs de votre protagoniste ou de n’importe quel autre personnage de votre intrigue. Il arrive toujours un moment où il se retrouvera au pied du mur et devra faire des choix compliqués, et dans la plupart des cas, ces choix le conduiront à changer ses traits de caractère. 

 

Le pitch trajectoriel est à rédiger bien entendu pour son personnage principal. Toutefois, le récit est toujours très riche lorsque plusieurs personnages autour de lui évoluent aussi.

Plus les traits de caractérisations sont opposés entre les personnages, plus vous pourrez générer du conflit entre eux et tenir le spectateur en haleine !

3 - LE SYNOPSIS

 

Le synopsis est simplement un court résumé du film.

 

Pour un court métrage on écrit en général moins d’une page mais pour un long métrage, on est plutôt sur 3 pages maximum

 

On l’écrit au présent de l’indicatif et sans dialogues

4 - LA BIBLE

La bible est un document technique qui sert sur de très grosses productions de type saga, série, ou au sein d’une firme comme Marvel par exemple.

On l’écrit dès que le synopsis est validé, et c’est un document technique complet qui contient tout ce qu’il y a à savoir sur l’univers de l’histoire. Les personnages avec une biographie détaillée, les différents décors de l’histoire, la chronologie, etc… Pour la saga Harry Potter, on va même s’attarder sur des accessoires, ou ce qu’il y a écrit en une des journaux que tiennent les personnages dans la rue. 

Il sert surtout de “règle du jeu” aux différents scénaristes qui travaillent dessus car pour de si grosses productions, il est très fréquent que ce ne soit pas toujours le même scénariste qui écrit et dirige l’écriture de tous les épisodes, surtout entre deux saisons d’une série par exemple. La bible sert donc à éviter les incohérences entre les épisodes. 

5 - LE SCÈNE À SCÈNE

Le scène à scène est une liste des séquences avec une petite description de ce qu’il se passe dans chacune d’elles. 

 

Il permet de bien répartir toutes les informations que l’histoire apporte au spectateur et dans le bon ordre. 

On voit souvent des scénaristes, ou groupes de scénaristes, passer cette étape en écrivant chaque séquence sur un post-it ou fiche qu’il(s) accroche(nt) au mur pour pouvoir les déplacer facilement, inverser des séquences, les mettre de côté et pouvoir tout chambouler facilement.

 

Chaque séquence doit apporter quelque chose à l’intrigue, aller dans le sens de l’intention de narration. Si la séquence que vous avez créé ne fait pas avancer le récit, il faut se demander pourquoi elle a émergé réellement dans votre esprit. Peut-être que dans un sens elle fait vraiment avancer le récit mais vous n’aviez pas remarqué comment, ou peut-être qu’elle vous tenait juste à coeur mais sans jamais vraiment apporter d’évolution et dans ce cas, il faudra songer à l’enlever.

6 - LE TRAITEMENT (ou continuité non dialoguée)

Maintenant que le scène à scène a permis de mettre toutes les séquences au clair et dans l’ordre, on va commencer ici à créer une cohésion entre tous ces post-it. 

Le traitement, c’est un scénario complet mais sans dialogues.

On écrira plutôt Madame X dit à Monsieur Y qu’elle le trouve particulièrement séduisant. 

 

Cette étape vous sert à créer du lien, parfaire les transitions entre chaque séquence et voir votre histoire dans une globalité et non plus comme une liste de petits événements mis bout-à-bout.

Si pour vous cette cohésion était déjà évidente lors du scène à scène, vous pouvez peut-être envisager de passer directement à l’étape suivante, le scénario en lui-même.

7 - LE SCÉNARIO (ou continuité dialoguée)

Enfin ! C’est l’étape du scénario complet et avec les dialogues !

C’est un document TECHNIQUE de travail autour duquel l’équipe du film va pouvoir travailler. Ce n’est en aucun cas une œuvre d’art romancée. Le scénario doit CLAIREMENT expliquer au présent de l’indicatif ce que le spectateur verra à l’écran ! On est très loin de l’écriture de roman en tant que tel.

 

 

Attention à la frustration ! Puisque le scénario ne sera jamais terminé. Il est destiné à évoluer sans cesse jusqu’à ce que le film soit entièrement terminé. Ne cherchez donc pas à figer l’histoire avant que débute le tournage, c’est impossible. 

 

L’histoire est décomposée en séquences (et non pas en scènes comme au théâtre).

 

Une séquence est une unité de TEMPS, de LIEU ou d’ACTION

 

Donc si l’un de ces trois paramètre change au cours d’une histoire, on change de séquence aussi.

 

 

 

En revanche, la façon de le rédiger, et certains termes techniques peuvent changer en fonction du pays, ou des scénaristes. C’est pourquoi en France il n’y a aucune règle pré-établie pour la mise en page d’un scénario.

Seul Hollywood et les grosses productions

exigent un système d’écriture qui leur est propre. 

 

Toutefois, puisqu’il s’agit pour vous scénariste de convaincre un producteur de financer votre projet, on vous propose quelques règles de mise en page à respecter pour rendre votre travail aussi propre et lisible que possible ! Les règles made by Focused à découvrir ici !

CONCLUSION

Ces étapes d’écriture sont à voir comme des outils à votre disposition pour réussir à structurer vos idées et ne pas partir dans tous les sens ! Vous perdrez énormément de temps à écrire une histoire (même mauvaise) si vous n’utilisez pas tous ces outils. Et au contraire, si vous les utilisez correctement, vous écrirez des histoires de plus en plus fortes !

 

Avec les règles d’intention, vous pourrez structurer votre récit et avec les règles de pitch et de scénario, vous pourrez vendre votre histoire ! C’est pas cool ça ?

 

Comme toujours, si vous avez besoin d’aide, n’hésitez pas à poser votre question juste en dessous, ou sur la page discussion un modérateur ou même la communauté pourront vous répondre !

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