INTRODUCTION

 

Bienvenue dans ce premier module sur la production ! Ici, on va découvrir les principaux métiers du cinéma au travers d’une visite au coeur de la création d’un long-métrage. On ne va donc pas détailler chaque métier, mais plutôt nous attacher aux responsabilités des métiers les plus courants du cinéma, c’est-à-dire ce que ces personnes doivent faire et ce qu’elles ne doivent pas faire.

En résumé, dans cet article, on va voyager dans le temps pour suivre l’élaboration d’un film en 15 minutes au lieu de 15 mois !

LA PRODUCTION, C'EST QUOI ?

Comme certains d’entre vous ne savent pas ce qu’est la production dans le cinéma, laissez-moi vous expliquer cela rapidement :

 

La Production désigne la branche de métiers qui s’occupe du financement et de la préparation du film. Ils sont aussi responsables de la partie juridique du film. La majorité du travail de production s’effectue bien avant le tournage.

 

On y retrouve des producteurs, chargés de rassembler de l’argent et de décider à qui ils l’attribuent. On trouve aussi les secrétaires de production qui doivent entre autres rédiger les contrats, les feuilles de services etc… Et enfin, il y a la personne qui fait le lien avec le tournage : le premier assistant réalisateur. Lui, il travaille dès le début de la production avec le réalisateur du film.

L'ÉCRITURE

Le tout début d’un film, ça peut commencer de différentes manières :

 

    • LA VERSION OFFICIELLE (celle qu’on apprend en école de cinéma et qui arrive dans la majorité des cas) c’est qu’un producteur ait une idée de film, et qu’il souhaite la développer. Ça peut partir d’une idée originale, d’une adaptation ou d’une inspiration de faits réels. Dans ce cas, il recrute avec sa société de production un scénariste qui va rédiger pour lui un scénario, ou même directement passer par un réalisateur-scénariste, qui pourra écrire l’histoire et la réaliser par la suite.
    • LA VERSION COURANTE Puisque le producteur n’est pas le seul à avoir des idées de films, il arrive qu’un scénariste ou un réalisateur ait une idée lui aussi. Dans ce cas il prend du temps de son côté pour développer l’histoire sous forme d’un pitch (une étape qui arrive bien avant le scénario, voir Les étapes d’écriture). Il écrit ce pitch dans l’espoir de pouvoir vendre son histoire à un producteur. Si ce producteur l’accepte, il pourra l’engager par la suite pour écrire le scénario.

Petite précision qui a tout de même son importance: dans tous les cas, le producteur en question est toujours le propriétaire légal du film (puisqu’il engage ses propres fonds et/ou ceux de sa société). Ce n’est donc pas le réalisateur qui possède les droits dessus car il est simplement employé pour transformer un scénario en long-métrage. C’est pour cela que le producteur a un pouvoir décisionnaire important. Surtout s’ils sont plusieurs producteurs à se partager les droits sur le film.

Ce pouvoir décisionnaire, il est plus ou moins élevé. Il est décidé en fonction des réalisateurs, en fonction des producteurs et en fonction des films. Puisque le cinéma est à la fois un art et une industrie, certains réalisateurs ont souvent été frustrés par ce pouvoir décisionnaire que les producteurs ont sur leur travail. Parfois ils ont voulu réaliser leur film d’une manière et le producteur en a décidé autrement, c’est ce qu’on appelle le « Final Cut ». Afin de pouvoir conserver ce fameux « final cut » pour eux, certains réalisateurs décident de ne pas vendre leur idée à un producteur mais plutôt de devenir leur propre producteur. Ils sont donc à la fois réalisateur scénariste et producteur. Ainsi le film qu’ils réalisent leur appartient légalement et ils peuvent en faire ce qu’ils veulent. C’est ce qu’on appelle l’auto-production, mais il faut être un excellent producteur et réalisateur pour réussir cet exercice. Car bien sûr, avoir les contraintes d’un producteur peut-être frustrant mais elles permettent à certains réalisateurs de prendre un recul sur leur travail. Et pour les personnes qui ne savent pas parfaitement allier art et industrie, c’est important.

LA PRÉ-PRODUCTION

Nous avons maintenant un scénario écrit et c’est la première base de travail pour l’équipe !

 

Désormais, la production engage d’autres producteurs qui seront chargés d’établir un devis prévisionnel du film. D’autres doivent trouver et rassembler l’argent nécessaire à la conception d’un film. Seule une grosse Major Américaine pourrait avancer l’intégralité du budget d’un film et en France, ça ne se passe pas comme ça.

 

On va d’abord chercher des fonds auprès du CNC (Centre National du Cinéma et de l’image animée).
Ce sont des dossiers à remplir et si le CNC accepte de participer, c’est souvent un bon signal qui apporte de la confiance dans le projet. Les autres partenaires seront souvent plus enclins à donner de l’argent si le CNC soutient le film.

 

Ensuite, il faut faire appel à des donateurs privés et publics pour grossir au maximum la cagnotte avec des partenariats afin d’atteindre le montant du devis du film. En France, la société du producteur est obligée de compléter le manque au moins à hauteur de 20% si le CNC aide le film. Dans ce cas, elle se prête à elle-même les fonds, ou elle emprunte à une banque spéciale pour le cinéma.

 

Pendant ce temps, le premier assistant réalisateur et les producteurs recrutent l’équipe au fur et à mesure qu’on a besoin d’eux. Arrivent en priorité les chefs de poste comme le chef opérateur prise de vues ou le directeur de la photographie (en charge de l’image), le chef opérateur prise de son (pour toute la prise de son et le mixage du film), le directeur de casting (pour trouver et recruter les comédiens), le régisseur général (pour les repérages des décors).
Viennent ensuite le Chef décorateur, les techniciens HMC (Habillage, Maquillage et Coiffure) etc… Chaque chef de poste va ensuite proposer des personnes à engager pour les assister dans leurs tâches en fonction du travail à réaliser et du budget. Des électriciens, des régisseurs, des artisans pour la construction des décors etc…

On fait aussi déjà appel à la société de distribution qui sera en charge de la commercialisation du film. Donc pour le moment, elle s’occupe de la partie publicité en réalisant des teaser et des mini-bandes annonces.

 

Pendant ce temps, la production s’agite. Toutes ces nouvelles personnes nécessitent de travailler sous contrat et chaque achat ou location (décor, costume ou accessoire) nécessite des factures et des contrats spécifiques.
C’est le travail de l’équipe des secrétaires de production.

 

Pour être sûr de ne rien oublier, le premier assistant réalisateur a en charge de réaliser le dépouillement. Un énorme document qui liste pour chaque séquence tout ce que l’équipe aura besoin de réunir pour le tournage. Cela implique les techniciens qui devront être présents, les comédiens, les décors, les accessoires, les costumes etc… Il est un document incontournable pour réaliser le futur plan de travail.

 

Tout ceci devient vite un grand casse-tête pour le premier assistant et son second qui vont devoir tenir compte de tous les changements de scénario dans le dépouillement, et qui doivent aussi jongler avec la météo, les disponibilités des décors et des comédiens, le budget du film etc… pour réaliser et adapter le plan de travail en temps réel tous les jours.

 

Chaque chef de poste s’active pour tout terminer car une date de début de tournage est lancée et celui-ci va durer au moins deux mois. Pas de place aux imprévus coûteux, il va falloir que tous les chefs de postes aient acquis, conçus et construit tout ce dont ils auront besoin pour mener à bien le tournage. Le storyboard est aussi réalisé en collaboration avec le chef opérateur, le réalisateur et son premier assistant. Toutes les étapes doivent être validées par le producteur.

LE TOURNAGE

Premier clap, c’est le tournage !

 

Chaque jour, le plateau voit défiler quelques dizaines de techniciens et de comédiens. Les producteurs sont toujours là dans un coin.

L’équipe de secrétaires de productions rédige chaque soir pour le lendemain la feuille de service (nominative) pour chaque technicien et l’imprime pour la remettre à l’équipe avant la fin du jour de travail. Elle regroupe toutes les informations nécessaires au bon déroulement du tournage du lendemain et contiennent un extrait du plan de travail qui sera tourné. Cette feuille est d’autant plus importante qu’elle constitue une preuve juridique de travail. Il s’agit de la fiche de salaire du technicien et il devra la présenter afin de justifier ses heures d’intermittence et ainsi pouvoir prétendre à ce statut.

 

Sur le plateau est aussi parfois présente l’équipe des VFX qui supervisent la réalisation des effets spéciaux numériques afin que ceux-ci soient tournés dans les meilleures conditions.

 

Les jours s’enchaînent mais ne se ressemblent pas. Toute l’équipe est embarquée dans une aventure humaine sans précédent ! On tourne en moyenne 5 plans par jours et tous les soirs on prend le temps de regarder les « daylies ». C’est-à-dire que le producteur, le réalisateur et son assistant, le chef opérateur, et le script prennent le temps de projeter les rushs tournés dans la journée pour les commenter et les juger. Si un rush est trop mauvais, on peut décider de le refaire dans de rares cas où le plan de travail le permet.

 

RUSH : Nom féminin qui désigne une vidéo brute enregistrée par la caméra, et donc sur laquelle aucun traitement numérique n’a été apporté. Le chef opérateur prise de vues sera donc amené à “dérusher” chaque soir sur un ordinateur et un disque dur sécurisé les rushes tournés la journée. On parle aussi de rushes pour les sons du Chef Opérateur prise de son.

LA POST-PRODUCTION

Clap de fin !

 

Le tournage est terminé et tous les rushs sont stockés sur le serveur sécurisé de la société de post-production. On les transmet aussi à la société de distribution qui doit commencer la réalisation des bandes-annonces. Entre en jeu maintenant le chargé de post-production qui devra diriger l’équipe et faire en sorte que celle-ci tienne les délais. Tous commencent le travail en même temps.

 

Le monteur (chargé d’assembler les rushs entre eux pour former le film), commence par découvrir ce qui a été tourné et faire ce qu’on appelle le “dérushage“. Il s’agit d’un temps vital pour la conception du montage. Pour chaque prise de vue, il va prendre un certain nombre de notes dans un cahier. Il notera en priorité son ressenti au premier visionnage puis au deuxième et enfin s’il juge techniquement que ce plan est réussi ou non. Dans la foulée, avec son assistant, il va démarrer le montage.

 

Dans une pièce à part, ou parfois dans une autre société, vont s’activer toutes les petites mains des VFX (Visual Effects). Il s’agit de l’équipe chargée de tous les effets numériques réalisés sur ordinateur. Si besoin, une équipe travaille même dans la conception 3D de costumes, de décors, et/ou de comédiens qui n’ont pas pu être présent sur le tournage (Par exemple pour un King Kong ou un Avatar). Ces modélisations 3D vont ensuite être transmises à l’équipe en charge du compositing.

Attention à ne pas confondre 3D et stéréoscopie. La 3D c’est de la modélisation d’objets par ordinateur tandis que la stéréoscopie, c’est ce que le public appelle communément 3D et qui est l’effet de profondeur obtenu sur un écran grâce à des lunettes qui filtrent la lumière projetée.

Le compositing est une sous-branche des VFX. On désigne par le mot compositing tout ce qui s’apparente de près ou de loin à du puzzle de morceaux de vidéos 2D.

Dans cet exemple, les nuages de fumées ont été générés par l’équipe 3D qui les ont ensuite donné à l’équipe compositing pour les incruster dans la vidéo.

 

C’est donc l’équipe compositing qui élabore main dans la main avec l’équipe 3D, les effets spéciaux des films. Ils ont souvent beaucoup de petites mains à disposition car la plupart des effets nécessitent un travail image par image et cela prend du temps.

Ils travaillent sur les rushs directement et lorsque leur effet spécial est prêt, ils l’envoient au monteur afin qu’il puisse remplacer le plan tourné par le plan avec les effets spéciaux intégrés.

 

Lorsqu’une première version du montage est validée, tous les chefs de postes vont la regarder et la commenter pour d’éventuelles modifications. Dès à présent, et même si des modifications sont encore à prévoir dans le montage, l’étalonneur va pouvoir commencer son œuvre. Il est en charge de retoucher la colorimétrie de chaque plan et de la faire correspondre pour créer une cohérence colorimétrique entre les plans. Il récupère le projet du monteur et l’intègre dans son logiciel d’étalonnage. Il travaille en collaboration avec le directeur de la photographie qui lui aura transmis ses intentions d’étalonnage en amont pour chaque séquence.

Le mixeur du film commence aussi son travail. Le monteur a déjà réalisé un “prémix“, une base pour le son, mais le mixeur a encore tout à faire. Il est en charge de l’intégralité de la bande sonore originale du film. Il la mixera de différentes façons en fonction des salles de projection (Dolby Atmos, 7.1, 5.1) pour que chaque copie puisse s’adapter à chaque salle.

Il va aussi faire ce qu’on appelle du Sound Design pour enrichir le mixage en ajoutant de nouveaux sons ou en en fabricant par l’ajout superposés de bruitages (exemple: le cri de Chewbacca). Enfin il va poser des effets pour chaque bruit afin d’uniformiser le mixage et l’adapter à la projection (EQ, compresseur, Limiteur, réverbérations etc…) 

Ces 4 catégories (montage, étalonnage, mixage et VFX) vont désormais travailler ensemble jusqu’à la validation définitive du film par tous, et surtout par le producteur.

L'EXPLOITATION

La société de distribution de son côté a eu le temps de faire valider une bande annonce qui tourne déjà sur tous les réseaux sociaux, toutes les chaînes de télévision et dans tous les cinémas. Ils aussi ont conçu l’affiche du film et tous les visuels publicitaires affichés partout. 

Lorsque le film est validé définitivement, on sort une première copie du film, qu’on appelle la copie 0 et que l’on transmet au distributeur. Celui-ci va, comme son nom l’indique, distribuer les copies à toutes les salles de cinéma. C’est tout un casse-tête pour lui car il ne dispose de pas d’un nombre de copies illimité et doit choisir chez qui elles partent en priorité. Le nombre de copies dépend du budget qu’on lui alloue et chaque mardi, c’est toute une négociation qui se joue entre les exploitants de salles de cinéma (qui veulent garder la copie le plus longtemps possible) et les distributeurs (qui doivent la faire tourner entre les cinémas et dont l’exploitation lui coûte de l’argent).

Le bouchon de champagne pourra sauter si le film est rentré dans ses frais. C’est à dire qu’il a rapporté au moins autant d’argent qu’il en a dépensé.
Il sautera une deuxième fois s’il est nominé dans un festival comme Cannes et qu’il reçoit un ou plusieurs prix. Dans ce cas, le distributeur ajoute sur l’affiche du film les noms des prix que le film a reçu, car une palme d’or à Cannes fait beaucoup vendre le film !


Souvent les gros festivals comme Cannes demandent au producteur l’exclusivité sur le film. C’est-à-dire que le film ne soit pas encore sorti et n’ait pas été encore vu où que ce soit dans le monde. C’est pour cela que les films reçoivent leurs prix avant d’être sortis dans tous les cinémas.

CONCLUSION

Entre l’idée du film et sa diffusion se passent en moyenne deux ans !

Ces deux ans représentent un travail acharné d’une équipe d’au moins 200 personnes qui oeuvrent pour livrer dans les temps le plus beau film possible. En fin de compte, c’est un travail intense pour toute l’équipe dont les membres ont un volume horaire énorme, doivent garder leur calme dans des situations souvent très stressantes, travailler en équipe, et donner le meilleur d’eux-mêmes. C’est pour ça qu’on dit que les métiers du cinéma sont des métiers de passion

Si pour vous, tout ce paragraphe vous convient, vous êtes certainement fait pour travailler dans ce milieu, et vous vous rendrez compte très vite qu’un film, c’est avant tout une aventure humaine extraordinaire. Lorsque vous y aurez goûté, vous ne pourrez plus vous en passer ! 

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